Les origines communes de la créature de Frankenstein et du genre vampirique

L’année 1816 fut des plus tristes : on la considère depuis comme l’année sans été. Et pour cause : des éruptions menèrent à un hiver volcanique calamiteux.

Le visage de la littérature moderne aurait été différent, sans cette sombre période, puisque c’est durant un séjour pluvieux qu’un petit nombre d’amis furent réunis par Lord Byron dans la villa Diodati, près de Genève.

La pluie forçait alors les jeunes gens à rester enfermés. Pour passer le temps, les voilà à lire et se raconter des histoires de fantômes, et plus particulièrement Fantasmagoriana, un recueil de nouvelles allemandes traduites par Jean-Baptiste Benoît Eyriès.

Comme le raconte Mary Shelley, l’une des invitées présentes :

J’ai, en effet, passé l’été de 1816 dans les environs de Genève. La saison fut froide et pluvieuse, cette année-là, aussi nous réunissions-nous chaque soir autour d’un grand feu de bois, nous complaisant parfois à nous conter mutuellement des histoires allemandes de revenants, que nous avions glanées, ici et là. Ces récits nous donnèrent l’idée d’en inventer à notre tour, dans le seul but de nous distraire.

Cette distraction se concrétisa par un défi d’écriture : Lord Byron invita ses invités à rédiger une histoire de fantômes.

L’apport à la littérature de cette simple consigne dépassa surement les intentions du poète.

Sur les amis présents, deux réussirent avec brio le défi en question. John William Polidori donnera naissance à la nouvelle Le Vampire, qui se trouvera à la source du vampirisme moderne en littérature. Quant à Mary Shelley, elle écrira son chef-d’œuvre : Frankenstein ou le Prométhée moderne.

Ni Mary Shelley, ni John William Polidori n’étaient des auteurs aguerris, a contrario de Percy Shelley et de Lord Byron, poètes renommés. Mary Shelley avait tout juste 18 ans, et John W. Polidori était le médecin de Lord Byron. Sans le défi lancé par le poète britannique, ni l’un, ni l’autre, n’auraient pu écrire ces histoires.

Si un exemple peut être donné pour prouver l’intérêt de l’écriture sous contrainte créative, c’est celui de la villa Diodati. Le défi lancé cet été poussa deux auteurs potentiels à prendre la plume… et à donner naissance à deux monstres de la littérature moderne.


5 commentaires

  1. Vince Répondre

    L’histoire du vampirisme remonte à la Grèce antique. C’est à l’époque Austro-Hongroise que le terme « Vampyr » est apparut. Depuis des siècles déjà, certains cadavres étaient cloués dans leur cercueil avec une pierre dans la bouche (pour qu’ils ne se mangent pas eux même.) La suite, même s’il est vrai que d’autres auteurs ont écrit sur ce mythe avant cette époque, est le livre de Bram Stocker qui avait étudié ces légendes et en à sortit son magnifique « Dracula » devenu une référence.

    • scribay Auteur de l’articleRépondre

      Merci beaucoup pour ces précisions et ce complément !

    • scribay Auteur de l’articleRépondre

      C’est nous qui vous remercions pour vos encouragements ! Nous sommes heureux si ces premiers articles plaisent à notre lectorat naissant.

  2. Ghaan l'écrivain alchimiste Répondre

    Je connaissais cette histoire qui est dans la préface de l’histoire de Mary Shelley mais pour le vampire je l’ignorais ^-^
    Je suis 100% d’accord pour la créativité sous contrainte. D’ailleurs, à chaque fois qu’une personne manque d’idées, je lui conseille de restreindre le champ des possibles avant toutes choses. Que ce soit le thème, le lectorat, le type d’intrigue, etc.
    C’est pour cela que je suis fan des appels à textes et des concours de nouvelles ainsi que des exercices de l’oulipo. Contourner la peur de la page blanche avec une contrainte technique aberrante. Très efficace!
    Bonne chance à vous dans vos projets ^-^

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *