Six règles d’écriture de George Orwell pour lutter contre le « déclin de la langue »

L'article de George Orwell

Pour George Orwell, les mots peuvent être utilisés pour corrompre l’esprit. Ce principe se retrouve dans 1984, où la « novlangue » illustre l’idée selon laquelle le langage et le vocabulaire constituent un enjeu politique en modelant notre vision du monde.

Quelques années auparavant, George Orwell avertissait déjà ses lecteurs sur la corruption de la langue anglaise, dans son article Politics and the English language. Pour l’écrivain, ce phénomène se traduit par l’imprécision, la perte de sens des écrits, le manque de clarté, l’utilisation de lieux communs, de clichés et de mots aux définitions incertaines.

Afin d’enrayer ce déclin, George Orwell propose six règles d’écriture :

1. N’utilisez jamais une métaphore, une comparaison ou toute autre figure de style que vous avez l’habitude de voir imprimée.

2. N’utilisez jamais un mot long quand un mot bref fait l’affaire.

3. S’il est possible de supprimer un mot, supprimez-le.

4. N’utilisez jamais la voix passive si vous pouvez utiliser la voix active.

5. N’utilisez jamais une phrase étrangère, un terme scientifique ou un mot de jargon si vous songez à un terme équivalent dans le langage courant.

6. Brisez l’une de ces règles plutôt que de dire quoique ce soit de barbare.

Comme le rappelle l’écrivain dans la conclusion de son article : ces règles semblent élémentaires. Et elles le sont. Mais elles demandent un changement d’attitude et de style pour tous ceux habitués à une autre forme d’expression.

Ces règles forcent aussi chaque auteur à s’interroger sur le « flou » entourant volontairement ou non ses écrits, et sur le sens des mots employés.

Par exemple, Orwell considère dans son article que le mot « fascisme » n’a plus de sens précis, à part « quelque chose d’indésirable ». Pour l’auteur, vider les mots de leur sens peut avoir des conséquences tragiques : à partir du moment où vous ne savez plus ce qu’est le fascisme, comment pourriez-vous le combattre ?


10 commentaires

  1. khaled Répondre

    Les règles 2 et 4, si elles sont bien adaptées à la langue anglaise, ne le sont pas forcément à la langue française. Les autres règles sont effectivement de bon sens : l’auteur du billet aurait pu appliquer la première et éviter d’utiliser l’horrible lieu commun « modelant notre vision du monde ».

    Noter que pour Orwell, ces règles ne s’appliquent pas à l’écriture littéraire, mais à la langue politique ou comme moyen d’expression, journalisme inclus. La lecture de l’article d’Orwell devrait être obligatoire dans toutes les rédactions… et les blogs.

    • scribay Auteur de l’articleRépondre

      Merci pour ce commentaire !

      N’hésitez pas à développer votre point sur les règles 2 et 4 ! Cela pourrait être intéressant et instructif.

      Quant à l’article, Orwell parle de la langue et l’écriture en général, même s’il traite directement de la « langue politique » (qu’il critique ouvertement). À chacun de décider s’il souhaite ou non appliquer ces règles à d’autres formes d’écriture.

      • AB Répondre

        > N’utilisez jamais une phrase étrangère

        > votre point

        Ça commence bien…

  2. charier Répondre

    sur le point 4, je ne suis pas d’accord avec khaled (bien sûr, cet avis n’engage que moi).
    utiliser une forme passive, même en français renforce un effet désincarné. d’ailleurs, antidote dit : « la forme passive est légitime dans bien des contextes, mais si elle peut être remplacée par une forme active équivalent, le texte peut s’en trouver plus direct, plus énergique »
    et stephen king d’ajouter : « la forme passive est utilisée par les auteurs peu sûrs d’eux »
    du coup, dans mes corrections, je réfléchis à inverser ou transformer la phrase. si je n’y arrive pas, je laisse tel quel. mais sur par exemple 4 pages, il n’en reste qu’une ou deux, généralement.
    voilà pour mon humble avis 🙂

    • scribay Auteur de l’articleRépondre

      Merci beaucoup pour votre témoignage et votre avis ! En effet, chaque auteur a son style, ses techniques, ses règles et ses conseils. L’objectif de cet article est de faire découvrir celles édictées par George Orwell ; il est intéressant de lire les différentes réactions à celles-ci.

  3. jean-alain baudry Répondre

    je suis un inculte invétéré ! je me fiche « comme de l’an 40 » du style que j’emploie. je pense… j’écris, et c’est tout. mais je ne suis qu’un amateur…
    Orwell et Wells sont au panthéon de mes auteurs philosophiques, leurs styles m’importent peu du moment que c’est facile à lire (une fois traduit off course). quant à la « novlangue » on s’y habitue très bien, il suffit de ne pas rater un épisode et de brancher la télé chaque soir sans exception. et surtout d’effacer des neurones (comme chez Orwell) les définitions précédentes des mots, voire des anathèmes, entendus.
    zut ! je ne me souviens plus de ce que je viens de dire !!!
    jab, juin 2016

    • scribay Auteur de l’articleRépondre

      Merci pour votre réaction ! Ces règles sont celles de George Orwell et non celles communes à tous les écrivains. Nous en publierons d’autres afin que chacun se fasse son idée, nourrisse sa curiosité et ses réflexions. Chaque auteur a son style et ses idées sur l’écriture et la littérature… qu’il soit « amateur » ou « professionnel » !

  4. Pierre Lamy Répondre

    J’adore la règle 6
    Empreinte d’humour britannique, elle fait de ce mini règlement une micro-nouvelle dont elle serait la chute. 🙂

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