Relecture et réécriture : « la règle des 10% » de Stephen King

Chaque auteur a ses propres méthodes de relecture et de réécriture. L’une des techniques de Stephen King pour retravailler ses premiers jets tient dans une formule :

Version 2 = version 1 – 10 %

Stephen King reçut ce conseil d’un directeur de publication à l’époque où il collectionnait les lettres de refus. Cette règle lui fit prendre conscience de la nécessité d’un travail sur le rythme et la concision de ses textes.

 

Pourquoi cette règle peut sembler inadaptée

Une démarche trop technique et arbitraire

L’application de cette méthode peut paraître trop froide à première vue. Son caractère systématique gêne les auteurs attachés à leur liberté créative. Est-il nécessaire d’appliquer à l’écriture des règles aussi strictes ?

Cette remarque rejoint le débat sur l’utilité des règles et des conseils d’écriture. En cela, elle est loin d’être propre à la règle des 10% de Stephen King.

« Tout ça, c’est très anglo-saxon »

Des auteurs et lecteurs pensent que les conseils d’auteurs anglo-saxons ne conviennent qu’à l’écriture anglo-saxonne. Tout conseil émanant d’un auteur non-francophone étant a priori suspect.

Cette remarque se rattache également à un sujet plus vaste. Elle entraîne parfois des débats sur les différences stylistiques, les influences culturelles ou même la « défense de la langue ».

Cette méthode ne convient qu’à ceux devant travailler la concision

Cette technique convient à tous les auteurs écrivant des premiers jets trop fournis. Il est inutile de faire maigrir un texte s’il n’a que la peau sur les os.

 

Pourquoi cette règle peut être utile

Une technique adaptée aux auteurs « écrivant trop »

Stephen King expose avec honnêteté qu’il faisait autrefois grossir ses textes au fil des relecture. Il se qualifie alors d’écrivain « ajouteur » plutôt que « suppresseur ». Sa vision s’étend cependant à tous les manuscrits :

Ce que m’a appris la Formule est ceci : tout texte peut, dans une certaine mesure, être resserré. Si vous n’arrivez pas à en enlever dix pour cent tout en conservant l’intrigue et le charme de l’histoire, c’est que vous n’essayez pas vraiment.

Pour le rythme d’une histoire, l’auteur se dit également partisan du point de vue d’Elmore Leonard : il faut clairement laisser tomber les « parties barbantes » d’un texte. Il est nécessaire de pratiquer des coupures nettes dans un manuscrit afin d’en accélérer le rythme.

Elle force à travailler son rythme et le découpage de son histoire

La concision et le rythme d’un texte sont importants lorsqu’on souhaite raconter une histoire. Cette formule permet surtout de se fixer une contrainte forte à suivre lors d’une réécriture. Chacun peut d’ailleurs l’adapter selon ses besoins ! Rien n’empêche la règle des 10% de devenir la règle des 5% ou des 20%.

Concis : « Qui exprime beaucoup de choses en peu de mots » (Larousse)

La recherche de « concision » ne signifie pas qu’un auteur doit écrire des textes courts. Une œuvre comptant plusieurs centaines de pages peut révéler un texte concis et rythmé au pas de course. A contrario, de courtes nouvelles peuvent ennuyer ou égarer un lecteur en raison de longueurs et de passages qu’il jugera « en trop ».

 

À vous de choisir !

Chacun est libre de ses choix et aucune règle n’est valide pour tous les auteurs.

Cette méthode peut vous convenir si vous avez tendance à en faire trop et si vous souhaitez travailler la concision et le rythme de vos textes.



Et de notre côté ?

Le premier jet de cet article faisait 730 mots. Après relecture-réécriture, la version finale fait 586 mots. Si vous avez apprécié ce billet, sachez que cette formule a joué son rôle. Si vous ne l’avez pas aimé, dites-vous que ça aurait pu être pire : il aurait pu être plus long.


13 commentaires

  1. Jean-Marc Kerviche Répondre

    Il est évident qu’en suivant ces conseils Stephen King, n’aurait aucune chance dans un concours de nouvelles en France.
    Ceux, ou plutôt celles qui gagnent (la presque totalité des concours étant réservés aux femmes) sont des littéraires au plein sens du terme. Tout simplement parce qu’ils/elles n’en peuvent plus d’ajouter formules tarabiscotées, phrases alambiquées, propositions relatives à n’en plus finir noyées qualificatifs ou attributs ou phrases à tiroirs.
    Je l’ai souvent remarqué et en conséquence je ne participe plus à ce genre de manifestation.
    Je m’étale aujourd’hui sur Scribay….

    • jean-alain baudry Répondre

      Salut jean-Marc,
      Les concours de nouvelles demandent souvent un calibrage, par exemple 10 pages en caractères 12…
      Alors avec l’habitude on pond ses 10 pages et on arrive à la fin du propos juste à point !

      Il faut dire que j’ai été éduqué par ma contribution à la presse quotidienne qui ne veut que du « dur ».

      Bye, jab…

  2. Gigi Répondre

    Je suis d’accord. Moi j’aime écrire de manière concise. Je n’arrive pas à rajouter ces phrases tarabiscotées sue ne font que « meubler ». Quand j’essaye ça alourdit et je n’aime pas. Du coup j’ai peur que mes textes n’aient aucune valeur littéraire.

  3. A. Timonier Répondre

    Comment l’œuvre de Proust aurait-elle pu voir le jour avec une telle règle?
    Et pourtant! Françoise Sagan, écrivaine concise, avouait relire « La Recherche » dès qu’elle ne se sentait pas bien, afin de s’y ressourcer.
    Toute la littérature est émaillée de styles et de genres très différents.

    Il est clair que certains écrivains en font trop pour d’autres qui n’en font pas assez. Et alors? Certains lecteurs aiment l’opulence quand d’autres préfèrent la légèreté.
    Mais où est la recette? Dans le pourcentage? Laissons à la comptabilité et aux comptables leurs privilèges.

    Quant à Stephen King … Relisez l’excellent « Ça ». 2 gros pavés!
    Idéal pour les vacances…

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  5. tizef Répondre

    Je ne pense pas qu’il faille prendre à la lettre le coup des 10% (pourquoi pas 8% ou 19% ?)
    Mais Stephen King ne fait que reprendre les sages conseil de Nicolas Boileau :

     » Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
    Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
    Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
    Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. »

    En ce qui me concerne j’ai horreur du gras, je préfère donc les textes concis.
    Je décroche d’ailleurs très vite dés que l’auteur se regarde écrire, comme d’autres s’écoutent parler, et se complait à délayer la sauce

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  7. Abderrahmane Laghzali Répondre

    Cela dépend beaucoup du genre de texte à écrire. Ce qui est dit là peut convenir, et, très bien, à la nouvelle dont la caractéristique essentielle est la concision

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  9. Ping : 7 erreurs à éviter en rédigeant le résumé de votre roman - Un mot après l'autre

  10. Hélène Pirier Répondre

    Un travail poli est souvent plus intéressant pour le lecteur. Il faut jeter le bois mort et ne pas avoir peur de faire travailler UN PEU le lecteur. Ceci étant dit, rien n’est facile, surtout pas la concision. Bonne plume à chacun de vous!

  11. Ninon De Noose Répondre

    Bonjour.

    Je viens de terminer le premier jet d’un roman (d’un premier roman).
    181 pages en TNR12.
    Je dois avouer que je suis du genre à vouloir décrire au plus précis mes personnages et mes lieux. Soit dit autrement, faire des descriptions à rallonge façon Balzac (en moins talentueux bien évidemment). Je veux que mon lecteur « voit » ce que moi je « vois ».
    Je suis donc confrontée à un problème : laisser mon ouvrage entre les mains de l’imagination de mon lecteur où lui imposer mon point de vu.
    Auriez-vous des conseils pour m’aider à ce niveau ?

    • scribay Auteur de l’articleRépondre

      Bonjour,

      Ce choix relève de chaque d’auteur. Nous notons qu’un tel sujet pourrait vous intéresser à l’avenir sur le blog ! Mais nous ne pouvons vous dire si un type de description est plus intéressant qu’un autre : ce sont des choix et des jugements propres à chacun.

      Si vous le souhaitez, vous pouvez demander un avis à des lecteurs et d’autres auteurs sur Scribay, en y publiant votre œuvre un chapitre après l’autre. Cela vous apportera peut-être du recul et matière à réflexion afin de prendre votre décision.

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