Rythmer, insister et marquer les esprits avec l’anaphore

L’anaphore est l’une des figures de style parmi les plus répandues et les plus simples à réaliser. Elle consiste à débuter des vers, phrases, portions de phrases ou paragraphes par le(s) même(s) mot(s). Ses effets sont variés et dépendent de l’intention de l’auteur.

L’anaphore se construit par une répétition. Entre autres, elle peut rythmer un texte, renforcer une formule, souligner une expression ou donner plus d’énergie à un discours.

Dans tous les cas, l’anaphore a pour but de marquer les esprits par l’insistance, le renforcement ou la symétrie créés. En cela, c’est une figure très appréciée dans le domaine de la rhétorique, destiné à convaincre son interlocuteur.

 

L’anaphore pour rythmer et structurer

La répétition en début de phrase d’un ou plusieurs mots créé un rythme et fait apparaître une structure évidente à un texte. C’est pourquoi cette figure est l’une des plus répandues dans les domaines de la chanson, des comptines, des ballades et de la poésie.

En poésie, elle se retrouvera pratiquée soit à travers une succession de vers, comme dans Il y a d’Apollinaire, dans ses Poèmes à Lou…

Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s’amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image

[…]

(Retrouver cette poésie sur Wikisource.)

…soit au début de vers éloignés, dans une poésie comme L’Expiation, de Victor Hugo, où « Il neigeait. » apparaît aux vers 1, 5, 10 et 18. L’anaphore fait émerger une structure explicite, visible, dans l’œuvre.

Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l’empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.

[…]

(Retrouver cette poésie sur Wikisource.)

L’anaphore se retrouve également dans la prose. Par exemple, Chuck Palahniuk utilise abondamment cette figure de style ainsi que des répétitions dans ses romans. Dans Fight Club, l’anaphore est mise à l’honneur dans la violente déconstruction identitaire des personnages :

Vous n’êtes pas votre travail. Vous n’êtes pas votre compte en banque. Vous n’êtes pas votre voiture. Vous n’êtes pas votre portefeuille, ni votre putain de treillis.

L’anaphore peut également constituer une contrainte créative à part entière et donner des œuvres en prose ambitieuses et originales. C’est le cas de Je me souviens de George Perec, œuvre dont l’intégralité des phrases débute par « Je me souviens ».

 

L’anaphore pour énumérer et développer

Que cela soit chez Apollinaire ou Perec, l’anaphore permet de structurer une énumération en facilitant l’accumulation d’éléments à sa suite. Au-delà du rythme, elle offre à l’auteur la possibilité d’enrichir ou de nuancer sa vision. La force de l’anaphore sera celle de pouvoir déployer avec simplicité une suite d’éléments rattachés au même objet.

L’énumération peut également faciliter une progression, une montée en puissance dans le texte. En cela, une anaphore peut créer une dynamique, raconter une histoire ou permettre le développement d’une idée en plusieurs étapes.

Victor Hugo, avec Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent, structure sa poésie à travers différentes anaphores, enrichissant et renforçant la définition des personnages dont il souhaite parler.

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front,
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime,
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime,
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.

[…]

(Retrouver cette poésie sur Wikisource.)

 

L’anaphore pour marquer les esprits et convaincre

L’anaphore est l’un des procédés les plus anciens dans l’art de convaincre son prochain. Et pour cause : la répétition propre à l’anaphore permet d’imprimer une idée dans l’esprit du destinataire d’une œuvre. Cette technique est utilisée depuis l’Antiquité avec succès, et ne s’est jamais démodée malgré son ancienneté.

L’article J’accuse ! d’Émile Zola est l’un des exemples les plus célèbres de l’utilisation politique d’une anaphore par un écrivain. Les hommes politiques et orateurs utilisent fréquemment cette procédure, pour ne pas dire qu’ils en abusent. Nous vous invitons d’ailleurs à lire notre article sur le sujet : L’anaphore, la figure de style préférée de François Hollande et Nicolas Sarkozy !

 


À consommer avec modération

L’anaphore est d’autant plus agréable à utiliser qu’elle est facile à manier… en apparence. Au même titre que les pléonasmes ou les simples répétitions, leur lecture peut vite devenir fatigante voire désagréable pour le lecteur en cas d’utilisation maladroite ou abusive.

À l’oral, comme lors de discours d’hommes et de femmes politiques, l’anaphore peut être très bien perçue malgré une utilisation systématique : un auditoire peut être captivé par des répétitions. À l’écrit, l’omniprésence de cette figure de style peut lui faire perdre en force et ennuyer le lecteur.


 

1 Commentaire

  1. C.S. Ringer Répondre

    J’avoue ne pas trop utiliser l’anaphore parce que je n’aime pas beaucoup les répétitions, mais je reconnais que bien utilisée, cela peut donner du poids au texte. En revanche j’utilise beaucoup les comparaisons ! Un peu trop même…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *