Amplifier et insister : 10 figures de style pour marquer vos lecteurs

Les figures de style sont des outils à part entière si vous souhaitez provoquer un sentiment chez votre lecteur. Les procédés suivants peuvent être utiles afin de mettre en valeur une idée, muscler votre texte ou souligner un élément important dans votre œuvre.

De nombreux auteurs utilisent ces figures de style sans s’en rendre compte. Au-delà de leur utilisation pratique, la connaissance de ces procédés peut être utile pour analyser des textes qui vous plaisent (dont les vôtres !).

 

La répétition

____A__ / _____A_

La répétition consiste à employer le même terme plusieurs fois dans une même phrase ou une partie du texte. À l’école, on nous apprend à l’éviter ! Cette figure est souvent perçue comme une faute lorsqu’elle est involontaire.

Cependant, si elle est bien utilisée, elle peut donner plus de force à une expression et marquer le lecteur. Voyez l’anaphore, l’épiphore et l’anadiplose comme ses enfants.

Exemple

Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.

(Victor Hugo, L’Expiation. À lire sur Wikisource.)

 

L’anaphore

A______ / A______

L’anaphore est une répétition spéciale, puisqu’elle consiste à répéter le(s) même(s) mot(s) au début de vers, de phrases, de portions de phrases ou de paragraphes. Elle est très répandue en raison de sa simplicité et de la musicalité qu’elle créée. Les hommes et les femmes politiques en sont très friands.

Exemple

Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route

(Apollinaire, Il y a dans ses Poèmes à Lou. À lire sur Wikisource.)

À lire sur Un mot après l’autre

Rythmer, insister et marquer les esprits avec l’anaphore

L’anaphore, la figure de style préférée de François Hollande et Nicolas Sarkozy

 

L’épiphore

______A / ______A

L’épiphore est l’enfant de la répétition et la sœur de l’anaphore, puisqu’elle consiste à répéter un ou plusieurs mots à la fin d’une phrase, d’un paragraphe, d’un vers, etc. Certains considèrent qu’elle est utile pour marquer la mélancolie ou une fatalité. Elle est également très pratique dans le domaine de la rhétorique.

Exemple

« On s’ennuie de tout, mon Ange, c’est une loi de la Nature ; ce n’est pas ma faute.

« Si donc je m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m’a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est pas ma faute.

(Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses, lettre CXLI. À lire sur Wikisource.)

À lire sur Un mot après l’autre

L’anaphore, la figure de style préférée de François Hollande et Nicolas Sarkozy

 

L’anadiplose

____A / A____B / B___C / C___

Pour créer une anadiplose, il suffit de répéter en début de phrase (ou portion de phrase) la fin de la phrase (ou portion) précédente. Comme les autres figures de style fondées sur la répétition, ce procédé est utile sur le plan rhétorique. En effet, il permet de construire un enchaînement tout en rappelant chacun de ses éléments.

Exemples

Pour moi, c’est un malheur. Un malheur, tout le monde sait ce que c’est.

(Albert Camus, L’Étranger)

La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance.

(Maître Yoda dans La menace fantôme.)

 

L’énumération

Quittons un peu les rivages des répétitions et lançons-nous dans les énumérations ! La simple énumération consiste à passer en revue les divers éléments composant un tout.

Même si elle semble évidente, nous en parlons car il s’agit d’un point de départ vers les figures suivantes ! Voyez l’accumulation et la gradation comme ses enfants… et l’auxèse comme sa petite fille très costaude.

Exemple

Coiffés du chapeau de castor blanc à larges bord, ou du panama classique, vêtus de pantalons en cotonnade bleue des fabriques d’Opelousas, drapés dans leurs blouses élégantes de toile écrue, chaussés de bottines aux couleurs éclatantes, ils exhibaient d’extravagants jabots de batiste et faisaient étinceler à leur chemise, à leurs manchettes, à leurs cravates, à leurs dix doigts, voire même à leurs oreilles, tout un assortiment de bagues, d’épingles, de brillants, de chaînes, de boucles, de breloques, dont le haut prix égalait le mauvais goût.

(Jules Verne, De la Terre à la Lune. À lire sur Wikisource.)

 

L’accumulation

Elle consiste en une énumération de termes de même nature. C’est l’une des figures de style les plus connues et efficaces pour créer un effet d’amplification.

Exemple

Devant eux, sur de petites tables carrées ou rondes, des verres contenaient des liquides rouges, jaunes, verts, bruns, de toutes les nuances.

(Guy de Maupassant, Bel-Ami. À lire sur Wikisource.).

 

La gradation

L’énumération bascule dans la gradation lorsque ses termes gagnent en intensité. Elle peut très vite devenir une auxèse (voir plus bas) lorsqu’un auteur s’emporte.

Exemple

Ai-je donc vidé tout, vie, amour, joie, espoir ?
J’attends, je demande, j’implore ;
Je penche tour à tour mes urnes pour avoir
De chacune une goutte encore !

(Victor Hugo, Paroles sur la Dune dans Les Contemplations. À lire sur Wikisource.)

 

L’hyperbole

« Manier l’hyperbole » est une façon élégante pour dire : « exagérer ». Plus vous exagérez, plus l’hyperbole sera marquée. Vous en utilisez chaque jour sans les nommer : lorsque vous êtes « mort(e) de rire », par exemple.

Exemple

Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, […]

Mme De Sévigné. Vingtième lettre à M. De Coulanges. À lire sur Wikisource.

 

L’auxèse

C’est la fille de l’hyperbole et de la gradation !

Avec l’auxèse, l’énumération gagne en intensité au fil des hyperboles.

Exemple

C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule !

(Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac. À lire sur Wikisource.)

 

Le pléonasme

Le pléonasme est souvent considéré comme une faute ! L’article de Nicolas Koch sur les « 80 pléonasmes à éviter » peut en témoigner. Mais vous pouvez également utiliser un pléonasme volontairement, afin de renforcer une idée, une impression ou un fait.

Exemple

Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu,

ce qui s’appelle vu…

(Molière, Le Tartuffe. À lire sur Wikisource.)

 


Illustration de l’article : reprise et modification de « Loudspeaker » placée sous licence Creative Commons 2.0, de Richard King.


 

5 commentaires

  1. Youssoufou Ouédraogo Répondre

    Bonjour ! Quand on dit « journée mondiale sans tabac » ou « journée sans émission de carbone ». Peut-on les classer dans les hyperboles ou correspondent ils à une autre figure de style ? Merci de m’éclairer sur ces slogans

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  4. Sylsa Répondre

    Merci beaucoup pour ces éclaircissements, beaucoup d’entre nous n’ont pas toutes les clés dans le domaine de l’écriture, cela est très utile pour progresser et s’améliorer.

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