15 mots supprimés du dictionnaire de l’Académie française

L’introduction de nouveaux mots ou la mise à jour de règles d’écriture par l’Académie française font généralement grand bruit dans les médias. Mais on entend rarement parler des mots supprimés du dictionnaire de l’Académie.

Si vous souhaitez vous amuser avec une langue, vous pouvez vous pencher sur son évolution au fil des années. Par la diffusion d’une liste de « mots supprimés » de son dictionnaire, l’Académie vous présente ainsi un morceau d’histoire de la langue française. Cette histoire est vivante et n’est pas irréversible ! Les usages influencent les normes en vigueur, comme les règles édictées par l’Académie.

Nous vous invitons aujourd’hui à découvrir une quinzaine de mots voués à la disparition des usages comme des dictionnaires. Cet oubli n’est pas définitif : il suffit de les réutiliser pour les faire revivre !

 

Abuseur

Un abuseur est celui qui abuse, dans le sens « celui qui trompe ». Dans son acception contemporaine, « celui qui abuse » est aussi « celui qui dépasse les bornes » ou « celui qui fait un usage excessif des choses ».

 

Académiste

Autrefois, il s’agissait d’un membre de l’Académie française, qui est devenu par la suite un académicien. Son autre sens est « élève d’une académie ». L’académie étant un lieu où l’on se forme à un domaine et à certains exercices : académie de musique, académie équestre…

 

Amusoire

Une amusoire est une plaisanterie, une façon d’amuser, de distraire. Le terme est familier. Vous pouvez l’utiliser, par exemple, pour relever la futilité d’une activité ou son manque de sérieux : ce n’est qu’une amusoire.

 

Assoter

Assoter quelqu’un, c’est le rendre sot. Quelqu’un peut également s’assoter par amour ou par passion.

C’est un mot qui a survécu des siècles malgré son manque de popularité : selon l’Académie, ce terme était déjà vieilli au XVIIe siècle. Alors que l’Académie réalisait la première édition de son dictionnaire, il était déjà réputé sorti de l’usage.

Le Littré nous avertit : « Sotie, assoter, rassoter, ne prennent qu’un t ; on en met deux à sotte, sottement, sottise, sottisier. »

 

Baladinage

Le baladinage est une plaisanterie bouffonne et de mauvais goût. C’est « une sottise » selon Le Littré. À l’origine, le baladinage est le fait d’un baladin : un « danseur de théâtre. Farceur de place publique. »

 

Baliverner

Vous balivernez lorsque vous vous occupez de balivernes. Les balivernes peuvent couvrir deux sens :

  • Les balivernes peuvent être des propos futiles, des plaisanteries, des choses ridicules,
  • Les balivernes sont également des tromperies, des mensonges.

 

Brétailler / Brétailleur

Vous brétaillez lorsque vous tirez l’épée à la moindre occasion ! Et le brétailleur est bien entendu celui qui brétaille. Selon le Littré, le brétailleur « hante les salles d’armes ». Aujourd’hui, vous pourriez l’utiliser pour désigner quelqu’un n’ayant pas peur du conflit et souhaitant facilement en découdre.

 

Dépopulariser

On dépopularise lorsqu’on prive de sa popularité quelqu’un ou quelque chose. Aussitôt arrivé, aussitôt parti : il aura fallu un petit siècle et demi à ce mot pour apparaître puis disparaître.

 

Finet, -ette

Quelqu’un de finet est quelqu’un qui a une certaine finesse d’esprit.

 

Imbrisable

Quelque chose d’imbrisable est quelque chose… qui ne peut pas être brisé.

 

Larmoyeur, -euse

Votre enfant est un larmoyeur s’il larmoie, s’il pleure ou s’il pleurniche.

 

Morphée

Morphée est le dieu grec du sommeil. Il est cité dans plusieurs expressions très courantes : Être dans les bras de Morphée, par exemple, pour dire être endormi.

 

Nestor

Durant la guerre de Troie, Nestor est le héros le plus âgé et le plus sage du côté de la coalition grecque. En conséquence, un « Nestor » est un ancien combattant, respectable et sage dont on sollicite les conseils.

Avec la disparition de Nestor, c’est la désignation d’un archétype qui s’efface : celui du vieux soldat plein de sagesse qui offre ses conseils aux héros. Comme pour « un mentor », il s’agit d’une antonomase issue d’un personnage mythologique : son nom propre est devenu un nom commun.

 

Picoreur

Comme son nom l’indique, un picoreur est celui qui picore. Le Littré ajoute à cette définition un sens figuré : le picoreur est un auteur qui pille les ouvrages des autres !

 

Poétereau

Ce nom est chargé de mépris : un poétereau est un poète médiocre, un mauvais poète. C’est un terme insultant et familier.

 


Pour aller plus loin

Exemples de mots supprimés, sur le site de l’Académie française.


Illustration : « Académie française » (modifiée) de Jorge Láscar. Licence Creative Commons 2.0.

 

27 commentaires

  1. Joe Cornellas Répondre

    Très bon article ! Voilà des mots qui ne demandent qu’à revivre.
    Qu’ils s’absentent du dictionnaire de l’Académie ne supprimera pas ces termes délicieux de mon Littré, et j’avoue que la plume me chatouille déjà d’en employer quelques uns !

  2. Isabelle Briand Répondre

    Ils devraient s’attaquer à quelques règles de grammaires surannées.. et obsolètes, illogiques, ces fameuses exceptions ! Ces bons vieux mots perdurerons et seront repopularisés ! À nous de les utiliser dans nos écrits !

    • Bérine Répondre

      Une grammaire française, pas plusieurs; un « t » à la troisième personne du pluriel du futur…
      Qu’une exception soit illogique est précisément ce qui en fait une exception !
      Courage, la maîtrise du français est un combat.

  3. AnimalDan Répondre

    Brassens dans sa tombe doit tourner comme dans une centrifugeuse. Rien que pour Neptune…
    « Neptune. n. m. Dans la Mythologie, Dieu de la mer. Il s’emploie poétiquement pour désigner la Mer. Ce vaisseau brave les fureurs de Neptune. ».
    Vade retro, tueurs de mots…! Vive la poésie, vive la désuétude.

  4. Marie BARRILLON (Auteur&Chroniqueuse) Répondre

    Alors voilà, suite à cet article je me suis amusée à un petit assemblage 🙂
    qui donne :
    « Dans ces Amusoires, l’Abuseur, qui n’avait rien d’un Nestor, ne pouvait s’empêcher de s’Assoter tant sa passion pour le Baladinage prenait de l’ampleur. Du coup, le brétailleur l’accusait souvent d’être un Poétereau, voire un picoreur, à force de Baliverner sans cesse. Notre Abuseur s’en trouvait donc complètement Dépopularisé. Pourtant, quel finet, ce petit homme qu’on l’aurait cru imbrisable. C’est donc en triste larmoyeur qu’il s’en alla retrouver Morphée pour retrouver la paix intérieure. »

    • Muriel Julliard Répondre

      Bravo Marie… je n’avais pas vu le vôtre avant, et voici ce que je propose :
       » Les baladinages de ces académistes abuseurs m’assotent ! Il va nous falloir brétailler sec pour éviter que ces mots soient dépopularisés… Nous qui sommes poètereaux, picoreurs mais finets, nous balivernerons à coup d’amusoires pour consoler les Nestor larmoyeurs et, imbrisables, nous rejoindrons Morphée l’âme en paix… et la langue entre les dents ! « 

  5. Jean-Luc NAIL Répondre

    Mais pourquoi supprime-t-on des mots de notre langue ?
    C’est notre patrimoine. Et comment maintenant comprendre des textes où ces mots sont utilisés ?

  6. Catherine Dard Répondre

    J’en utilise trois, c’est peu mais j’y tiens. La suppression des mots me peine, tout comme, je l’avoue, la réforme de l’orthographe qui fait disparaître dans certains mots l’histoire de leur évolution et cache les racines.
    Je me régale des mots anciens peu usités, je les emploie à l’écrit comme à l’oral même si souvent je lis l’incrédulité ou l’incompréhension dans le regard des autres.

  7. Laurens Répondre

    Je ne comprend pas la suppression de Morphée ni Nestor. Ils font partie de légendes fondatrices. Et pourquoi pas tous les dieux et héros de l’Antiquité avec eux?

  8. isabelle Répondre

    Petite précision sur Morphée : ce n’est pas le dieu du Sommeil mais celui des Rêves. Son nom vient du grec « morphê » qui signifie « la forme » ; on retrouve ce mot dans « métaMORPHose », par exemple (= changement de forme). Morphée est celui qui prend la forme de ce dont vous rêvez.
    Si même les Académiciens oublient l’importance des racines gréco-latines, où allons-nous ???

  9. Olympia Répondre

    Je vais les garder précieusement – ils sont comme des saveurs rares que l’on a envie de retrouver de temps en temps…

  10. L'alfarrabiste Répondre

    Moi qui ne suis qu’un poétereau larmoyeur, un picoreur d’amusoires et de baladinages, qui baliverne comme un Nestor, qui brétaille comme un Morphée, je déplore que les académistes finets veuillent nous assoter en prétendant dépopulariser ce mot imbrisable qu’est « abuseur ».

  11. avila Répondre

    quelle bonne idée de supprimer des mots ! ça donne envie de les chérir et de les utiliser, surtout quand on ne les connaissait pas ! Merci de nous les apprendre en les supprimant, messieurs les Immortels !

  12. Muriel Julliard Répondre

    Les baladinages de ces académistes abuseurs m’assotent ! Il va nous falloir brétailler sec pour éviter que ces mots soient dépopularisés. Nous qui sommes poètereaux, picoreurs mais finets, nous balivernerons à coup d’amusoires pour consoler les Nestor larmoyeurs et, imbrisables, nous rejoindrons Morphée l’âme en paix… et la langue entre les dents !

  13. Driss KORCHI Répondre

    la pensée n’a pas de limites, pourquoi donc veut-on construire des haies autour des langues ? Je serais d’accord lorsqu’il s’agit de faire des recherches académiques alors que pour la créativité, toute la liberté est requise!

  14. Van de Velde Répondre

    Les académistes, Nestors mais abuseurs de la langue française, semblent vouloir nous assoter voire baliverner en exigeant de dépopulariser quinze mots. Est-ce une amusoire ou du baladinage? Le poétereau que je suis joue au picoreur en espérant être assez finet pour démontrer que la langue française est imbrisable. Mais loin de moi l’idée brétailler, je préfère tomber dans les bras de Morphée que d’être pris pour un larmoyeur. Merci Marianne Lemineur pour l’info.

  15. Pierre KERAUDREN Répondre

    Ayant la chance d’avoir sous la main un dictionnaire (Pierre Richelet) datant de 1709, je suis allé voir si ces mots existaient déjà à cette époque et quelle était leur signification.
    Abuseur : Qui trompe, qui abuse & seduit. ( Les Heresiarques ont été des abuseurs de peuples.)

    Académiste. C’est celui qui est d’une académie où l’on monte à cheval, où l’on danse, où l’on fait des armes, & d’autres honnêtes exercices dignes d’un Gentilhomme.

    Amusoire. N’existe pas au féminin en ce début du XVIIIème Siècle.
    Amusoir. Il n’est en usage que dans le stile bas, le comique ou le satirique, & même, il ne se dit guère. Il signifie, chose qui amuse & qui ocupe.
    (Colonnes en vain magnifiques,
    Amusoirs des fous curieux
    Faut-il que vous soïez debout
    Saint Amant, Rome Ridicule, stance 12)

    Assoter. N’existait plus en 1709.

    Baladinage . N’existe pas en 1709

    Baliverner . Je trouve balivernes mais pas baliverner.

    Brétailler, Brétailleur. On ne trouve que bréte (longue épée) et breteur (terme méprisant pour celui qui porte la bréte)

    Dépopulariser. n’existe pas à cette époque

    A suivre…

  16. edouard dosantos mihona Répondre

    Slt, Les Membres De L’academie Français Jouent Avec Les Mots Comme Si Eux Qui Les inventent, ils suppriment les mots sans motif valable

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